[Interview ] Le lapin et la cigarette
Nous avons découvert cet artiste il y a quelques semaines, et nous avons eu un coup de cœur immédiat. Il s’appelle Smoking Bunny soit littéralement « lapin qui fume ». Artiste au style décalé qui ne se préoccupe pas des tendances, il multiplie les pseudonymes, chacun correspondant à un etat d’esprit musical, qui regroupe tantôt quelques dizaines de titres, tantôt quelques centaines. C’est également un garçon fort sympathique qui nous a fait le plaisir de répondre à quelques questions.
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Smoking Bunny – L R Downslide
Je ne savais pas qui était « La Roux », ni à quoi ressemblait sa musique il y a encore quelques jours.
Quand as-tu commencé à t’intéresser à la musique ? Est-ce que quelque chose t’a marqué et quelles sont tes influences ?
L’origine de cet intérêt est assez floue, c’est comme dire « quelle est la longueur d’une corde », c’est trop difficile d’y répondre. La plupart du temps j’ai l’impression d’être né avec un casque sur les oreilles. Quand j’étais gosse, j’écoutais Martin Gaye, Stevie Wonder, Aretha Franklin et plein d’autres artistes soul, ainsi que des artistes de rythm and blues. Ça, c’était juste du côté de ma mère. C’est principalement mon père qui m’a fait m’intéresser à la musique. Je me souviens que j’écoutais de « tout ». Les gens peuvent penser que c’étaient juste les trucs populaires comme Led Zappelin, Hendrix et d’autres. Mais c’était surtout des gens comme King Crimson, Captain Beefheart, Frank Zappa et beaucoup d’autres groupes « opprimés ». Mais on écoutait aussi les artistes plus populaires et « acceptés ».
La principale musique qui m’ait frappé, ou plutôt un artiste, c’est Frank Zappa. Toute sa musique, que ce soit cd, vinyle ou cassette te frappe, même si c’est un mauvais album comme Mothers of Prevention. Le fait que ce type bouleversait la musique était juste incroyable. Ajouté au fait qu’il faisait qu’il faisait du rock, du blues et utilisait des méthodes classiques était tout simplement d’une extrême fraicheur et une meilleure manière de créer de la musique et du son.
Et en tant que fan de Zappa, j’ai immédiatement aimé Captain Beefheart, La poésie et la musique liées ensemble, avec une voix qui pouvait raconter des histoires comme personne à l’époque. Pure extasie.
J’ai vraiment été porté par l’influence de Zappa et Beeftheart. J’aurais adoré faire la même chose, mais je n’ai pas réussi. L’influence est plutôt dans la manière de créer, peu importe le résultat que ça peu donner.
Les autres influences sont vastes, elles vont jusqu’à l’opposé de ce dont j’ai parlé.
Honnêtement, c’est difficile de dire si il y a eu une influence en particulier. Parce que je pioche dans différentes influences et différents sons. Un jour ça peut être le miaulement d’un chat qui peut m’influencer pour un morceau, ou le son du vinyle qui démarre.
Plus d’une fois, la musique que j’ai en tête n’est plus la même à la fin. La raison c’est qu’en prenant du recul sur un morceau, mon point de vue change et je le travaille différemment, puis mon point de vue change à nouveau et je fais encore autre chose. Au final, ça n’a plus rien à voir.
Je ne suis pas fan de « Pop », ou ce mauvais stratagème pour faire sortir quelqu’un du lot très vite. Je ne savais pas qui était « La Roux », ni à quoi ressemblait sa musique il y a encore quelques jours. Et c’est le cas pour beaucoup de nouveaux artistes actuels. Ils ne m’intéressent pas. Ils sont peut-être bons, mais c’est probablement parce que les autres le disent. Mes goûts musicaux sont complètement différents des gens que je connais. Je ne dis pas que je m’intéresse pas à cette nouvelle musique, parce que ce serait stupide, comment pourrais-je découvrir quelque chose de nouveau. Tu me trouvera la plupart du temps dans des magasins de disques (cds ou vinyles), passant des heures à chercher de la musique qui pourrait m’intéresser et l’ajouter à ma discothèque qui n’en finit pas de s’agrandir. Je n’achète pas d’albums en mp3, c’est plus agréable de posséder quelque chose que tu peux sentir, et en plus ça fait joli sur les étagères.
Je n’aimais pas trop le « rabbit » alors je l’ai remplacé pour « bunny »
A propos de « Smoking Bunny », d’où vient ce nom ? Est-ce que c’est le seul que tu utiles ?
Smoking Bunny, ça remonte au collège. Quand j’étudiais la théorie musicale et la pratique, je créais « beaucoup » de musiques. Très liées à l’influence de Zappa, dans l’idée de créer toutes sortes de musiques.
A un moment, je n’aimais pas trop le fait de mettre mon nom sur mon travail, ça me semblait stupide. Mais ce n’était pas comme si je vendais ma musique, à vrai dire c’était la dernière chose qui me venait à l’esprit. Je voulais trafiquer les liaisons midi d’une façon extrême, ou mettre en place les micros d’une manière si étrange pour créer des sons que je n’avais jamais entendu auparavant.
Et un jour c’est venu comme ça. J’ai imaginé un « smoking rabbit » (un lapin en train de fumer, ndr) et ça m’a fait rire. Je n’aimais pas trop le « rabbit » alors je l’ai remplacé pour « bunny ».
C’était assez amusant parce que même après avoir dit que je fais de la musique en tant que Smoking Bunny, et même avec la société de production que j’ai créé, la plupart des gens continuent de penser que c’est un empire du « divertissement pour adulte », hahaha.
J’ai commencé à créer d’autres alias quand j’ai commencé à faire des musiques qui s’éloignaient de ce que je faisais en tant que Smoking Bunny. Calm Little Hip était plus tourné vers la musique électronique, aux environs de 300 bpm. Nocebo est basé sur les cauchemars. LgE, les musiques sont basées sur un son unique (et ça fait partie de mes périodes les plus créatives). Et il y en a beaucoup d’autres. Mais certains de ces pseudonymes n’ont pas dépassé la vingtaine de titres.
Les périodes Smoking Bunny et Calm Little Hip sont allées jusqu’à 300-400 titres. En un peu plus de 2 ans. C’était insensé et stupéfiant à la fois.
J’adorais l’idée de patcher ensemble du matos analogique, ça rend les choses plus amusantes.
Quel matériel as-tu utilisé jusqu’à présent ? Est-ce que tu as des favoris ?
Je suis batteur depuis l’âge de 6 ans, alors je me suis retrouvé très vite à jouer dans des groupes. Je pense que j’étais le seul batteur du village où je vivais, tout le monde voulait être leader, que ce soit en tant que guitariste ou en tant que chanteur. Et vu que je n’avais pas une très bonne oreille musicale étant enfant, les percussions c’était mieux que d’essayer de jouer de la guitare acoustique, et puis ça me donnait une excuse pour faire du bruit.
Quand j’étais au collège, j’utilisais les installations disponibles, essentiellement de l’analogique mis à part l’ordinateur, un i-Mac avec Logic 6 puis 7, Reason 2 puis l’upgrade 2.5.
Il y avait une Mackie dans un studio et une Behringer dans un autre, avec des racks externes : des réverbs, des compresseurs et des DAT, ainsi qu’un patch bay. J’adorais l’idée de patcher ensemble du matos analogique, ça rend les choses plus amusantes.
J’ai aussi acheté mon premier mac d’occasion, un vieil e-Mac pour 200 livres. Il faisait tourner Logic 7 et Reason 2.5, le seul problème c’était le manque de mémoire vive (256 mb) pour faire tourner plusieurs modules ou plusieurs pistes. Alors je devais créer la musque en bounçant un son avec ses effets puis l’importer en tant que fichier wav. C’était un peu agaçant, mais je m’y suis fait et m’en suis servi pendant plusieurs années, incluant toutes les musiques de Calm Little Hip.
J’ai beaucoup de matos en midi, le hardware était toujours un peu plus cher quand j’étais au collège.
Mais j’ai économisé et fini par m’acheter une guitare électrique et j’ai appris à jouer moi-même. Je ne sais pas faire la musique de « groupe », je fais ma musique.
J’ai acheté et revendu pas mal de matos différents, essentiellement midi, car c’est moins cher que de l’analo.
Il y a seulement un an je me suis acheté la Machinedrum SPS1-UW d’Elektron, celle qui inclut le sampling. C’est tout simplement hallucinant. Tu as 6 sorties séparées, 2 entrées audio, du midi et des effets embarqués. Je me suis rapidement plongé dedans et j’ai créé d’étranges rythmes et tonalités. J’ai même conçu un logiciel spécialement pour cette machine (Hantera, NDR).
Les patchs Max que je crée sont juste des outils que j’utilise dans ma musique
Tu proposes aussi des fichiers comme des applications pour le Monome de Brian Crabtree, et des patchs Max/MSP. Quel est ton but quand tu conçois ces programmes ?
Max/MSP, le tueur de temps et agrandisseur d’esprit, hahaha.
J’aime ce logiciel. Je m’y suis intéressé quand je travaillais à Dubaï en tant qu’ingénieur du son pour des pubs télé et radio. Je bossais sur tout ce qu’ils faisaient, monter les pubs, enregistrer et gérer les sessions etc. Mais pour une raison que j’ignore, ils ne me donnaient pas beaucoup de travail, bien que j’en aie demandé pendant 6 ou 7 mois. Ils continuaient de me payer. Ce temps libre m’a donné l’opportunité d’apprendre à utiliser Max/MSP. Je connaissais ce logiciel depuis des années, je savais qui l’utilisait, j’ai même utilisé des plug-ins créés avec. Les vieux, avec le logo max original.
J’ai d’abord eu Reaktor 4, et ensuite j’ai pris la version 5. C’était génial, mais ça bouffe le processeur, ce qui finissait par me stopper dans mon élan, j’étais plutôt ennuyé de ne pas pouvoir aller plus loin. Mais c’était super de pouvoir « construire » mes propres outils musicaux, c’est ce que j ai toujours voulu, ça m’a évité de dépenser une fortune en hardware.
J’ai pu apprendre max parce que le studio de Dubaï l’avait acheté avec Jitter. A ce moment Max 4 était en fin de vie, et j’ai eu l’update gratuite pour max 5, j’étais ébloui par le travail accompli.
Les patchs max que je crée sont juste des outils que j’utilise dans ma musique. Ça peut démarrer comme un outil normal, et dériver sur une suite logicielle complète, ce qui n’est pas toujours une bonne idée, parce que ça te bouffe tous tes neurones pour le créer. C’est le cas pour Hantera, c’était un simple outil, j’y ai intégré de nouvelles idées, ce qui est bien et mauvais à la fois. Parce que ça prend du temps sur la création musicale. J’aime construire ces outils ou ces suites, parce qu’elles peuvent et sont utilisées par d’autres personnes à travers le monde, et les gens semblent les trouver utiles, parce que ça apporte quelque chose en plus dans la musique de quelqu’un, y compris la mienne…
Version originale de l’interview après le saut / Click to see English version of the interview
1. When did you started to get interested into music ? Did anything marked you, and what are your influences ?
Thinking back on when i got interested in music is very hazy, it is like saying ‘how long is a piece of string’, its too hard to answer.
I feel like I was born with headphones on most of the time.
I remember being young and listening to such music like Marvin Gaye, Stevie Wonder, Aretha Franklin and many more soul, and original rhythm and blues artists. And that was just from my mothers side.
From my fathers, who I can say was, and still is, the main person who got me into music. I remember listening to ‘everything’. People might just think that was stuff like the popular listening material such as Led Zeppelin, Hendrix and others. But it was more so cats such as King Crimson, Captain Beefheart, Frank Zappa and many more of the ‘underdog’ bands. Although, we did listen to the more popular and ‘accepted’ artists as well.
The main music that did strike me, or even artist, was Frank Zappa. Jesus, can that guy make music or what. Really, his music in any cd/vinyl/tape is striking, even if it is a bad album [such as Mothers of Prevention]. The fact that this guy was just pounding out music was just amazing. Basically getting it done.
Plus the fact that he made rock and blues and put classical direction too it was just something that created an extreme freshness and a greater way to create music and sound.
And since being a Zappa fan, I instantly fell into loving Captain Beefheart. Poetry and music in twine together, with a voice that could tell stories like no other at that time. Pure ecstatic.
The influence of Zappa and Beefheart did carry me. I would of loved to of made the music they made, but in the end did not want to do knock off’s. The influence is more the drive to create, no matter how silly it could end up.
Other influences reach as far as I could even think. They can range from the previous ones, to the extreme of music in every field of sound and music.
In all honesty to have a certain ‘influence’ is also hard to say. The only reason is, is because I pick from different influences and sounds. One day a cat ‘meowing’ could be an influence for a track, or the sound of a vinyl record first starting up.
But I do listen to so much music that something just dawns on me to create something in say, ‘dub’ or ‘noise’ or ‘ambient’ or even rock.
But in one more way than one, the original track I thought up of, would end up as something different. The only reason being is that when I come away from making something, my perspective changes and I then think of something else to put in, then something else and another. It would then become something totally different.
I am not a fan of ‘Pop’ or this cheesy ploy to get someone out in the open as quickly as possible to make a quick buck. In all honesty I did not know who ‘La Roux’ was or sounded like up until about a few days ago. And even any other of the new artists of today. They just don’t interest me. They may be good, but that is probably because other people are saying that. My taste in music is completely different from everyone who I know.
I am not saying I stay away from new music, because that would just be stupid., how could I discover something new. You will find me most of the time in cd or vinyl shops, spending hours searching for music I would be interested in and to add to my ever expanding collection. I don’t buy mp3 albums, its better to own something that you can feel, plus it looks cool on the shelves.
2. About Smoking Bunny, where this name come from ? Is it the only nickname you use ?
The name Smoking Bunny came to me when I was in college. When I was studying Music Technology & Music Practice, I was creating ‘a lot’ of music. Much to do with my Zappa influence of creating any music.
It got to the point I did not like just having my name on, it felt silly. But it was not so I could even sell my music, that was actually the last thing on my mind. I wanted to twist the midi dials to extremes or setting up microphones in such a strange way that it created a nice sound that I had not heard before.
And one day it just came to me. I thought of a rabbit smoking, and that made me laugh. I did not like the rabbit part, so just changed it for bunny instead.
Its quite funny, because even after I say that I make music under Smoking Bunny, and even the Production company I created, most people still think it is an ‘adult entertainment’ empire hahaha.
I did start to create other alias’ when I created music that was far away from what I was creating as ‘Smoking Bunny’. Calm Little Hip was one that was based on more electronic music, around the 300bpm mark. Nocebo, which is based on Nightmares. LgE, on single sound based music [which is one of my most creative moments]. And many others. Some of these however were ones which did not go past maybe 20 tracks.
The Smoking Bunny and Calm Little Hip days racked up around 300-400 tracks. In little more than 2 years. It was insane, but really amazing at the same.
3. What gear you have been using since you started making music ? Do you have a favorite material or company ?
I’m drummer [since 6 years old] so I got right into playing in bands. I think I was the only drummer in the village where I lived; everyone always wanted to be the front man, either being guitarist or singer. Plus since my hearing was really bad as a kid, the drums were a good choice away from trying to play the acoustic guitar, plus gave me an excuse to make some noise.
When I was at college I was using the facilities they had, which was pretty much analogue gear, except for the computer, which was an i-Mac running Logic 6 then on to 7, Reason 2, which got upgraded to 2.5.
It had a Mackie desk in one studio and a Behringer desk in another, with both studios that had some outboard gear. Such as reverbs, compressors and DAT tape decks, plus the patch bays amongst other gear. I loved the fact of patching things up in analogue gear, makes it more fun.
I also bought my first mac [which was second hand], an old e-Mac for £200. Running Logic 7 express and Reason 2.5. the only problem being is that it did not enough memory [256 mb] to run these when you got a few tracks or modules in. So I had to create music by bouncing one thing off with effects, import back in as a wav file then carry one. It was a bit annoying, but I got used to it, and used it for a few years, with all the Calm Little Hip tracks.
I have had plenty of different midi gear, as proper hardware gear was always a bit more expensive in my days in college.
But, as time went by I saved up and bought an electric guitar, and taught myself how to play. I don’t know how to play ‘band’ music, I play my music.
I have gathered and sold many different types of gear, mostly midi gear as it is cheaper than some analogue gear
Only up to a year or so ago, I bought myself the ‘elektron machinedrum sps-1uw’, the one that can do sampling. It is purely amazing. Having 6 outputs of audio with 2 inputs and midi, and a wealth of effects already. I soon enough have delved into that and have created weird beats and tones. Even building software especially for it.
4. You also propose data, such as Monome and Max/MSP patches. What is your aim when your are creating these patches ?
Max/msp, the killer of time and expander of the mind, hahaha.
I love this software. The only way I really got into it was when I was working in Dubai [working as a studio engineer on TV & radio adverts]. I was employed to work in everything they done, cutting adverts, recording and managing sessions etc. But some reason they were not giving me a lot of work, even though I begged to do some proper work for 6-7 months. They were still paying me as well. That time actually gave me an opening to learn max/msp. I knew about it for years, knew who had used it, and had been using plug-ins people had built. The old ones with the original max logo.
I first got into Reaktor 4, and then moved to 5. It was great, but stole cpu, and I felt I was always getting to certain stops, and would then get annoyed that I could not do any more with it. But it was great that I could ‘build’ music tools, its what I would always want, it saved on spending hundreds on hardware.
I then learnt a bit more about max in those months at the studio and bought it, plus even got the jitter extension. At the time, it was getting to the end of the max 4 days, and I got the free update for max 5, which just blew me away with what they were going to do.
What my initial plan for max patches is just tools, to use in music. This can sometimes start as a normal tool but then bursts into a complete suite, which is not a great idea, because it can steal every brain cell to get done. Such as [hantera, this started as a simple tool, but then I got more ideas to put in, which is great, but also is such a bad thing. Because this can take your time away from music creation.
I do love to build these tools, or suites, because they can, and are used by others throughout the world and people do seem to find them extremely useful because it brings something else out in somebody else’s music, even my own…



